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Business 22 avril 2026 12 min de lecture

Quitter votre prestataire web : ce que vous possédez vraiment, et comment partir sans casse

80 euros par mois depuis quatre ans pour un site qui ne convertit plus. Vous voulez partir, vous croyez être coincé. Ce qui vous appartient légalement, les vérifications à faire avant de bouger, et les vrais red flags chez votre prestataire.

C'est l'un des messages les plus fréquents que je reçois. Pas « j'ai besoin d'un site », mais « je suis chez un prestataire depuis quelques années, je voudrais partir, je crois que je peux pas ».

Cet article est pour vous si vous êtes dans ce cas. Si vous payez un abonnement mensuel à quelqu'un qui a fait votre site il y a longtemps, que ce site ne ressemble plus à votre activité, et que la simple idée d'aller voir ailleurs vous donne mal à la tête. Je vais vous expliquer ce qui vous appartient légalement, comment le vérifier en quinze minutes, et comment partir sans casse si vous décidez que c'est le bon moment.

Section 01

Le pattern : abonné depuis quatre ans, coincé

Le scénario que je vois revenir trois ou quatre fois par mois. Une artisane ou un commerçant a fait faire son site il y a quelques années par un prestataire local. À l'époque, c'était bien fait. Aujourd'hui, ça ne ressemble plus à ce qu'elle propose, les couleurs ont vieilli, le téléphone est barré, sa fiche Google est plus à jour que son site. Et chaque mois, un prélèvement de 80 ou 120 euros tombe sur le compte.

Quand elle me parle, elle utilise toujours le même mot : « Je suis coincée. » Elle pense que le prestataire a la main sur tout. Que partir voudrait dire perdre son nom de domaine, ses clients trouvés sur Google, sa fiche Maps, ses photos. Que ça va être horrible administrativement, que le prestataire va lui faire des misères, qu'elle va y laisser des plumes.

Dans 90 % des cas, c'est faux. Ou plutôt, c'est plus simple qu'elle ne croit. Mais elle ne sait pas quoi vérifier ni dans quel ordre. Cet article, c'est cette check-list.

Section 02

Ce qui vous appartient (loi française)

Petit rappel sur ce qui est à vous, à votre prestataire, ou en zone grise. Je précise que je ne suis pas avocat. Ce qui suit est un état général, à valider avec un juriste si vous êtes dans une situation conflictuelle.

Le nom de domaine est à vous

À condition qu'il ait été enregistré au nom de votre entreprise (ou à votre nom personnel si vous êtes en EI). Pour un .fr, c'est l'AFNIC qui gère les règles : le titulaire déclaré dans le whois est le propriétaire. Si votre prestataire vous a vendu « son » domaine que vous ne faites que louer, c'est vérifiable et discutable.

Le contenu (textes, photos, logo) est à vous

Sauf clause de cession explicite à l'inverse. Si vos textes ont été rédigés sur la base d'un brief que vous avez fourni, ils sont à vous. Si une photo a été prise par un photographe distinct, sa propriété dépend du contrat avec ce photographe (souvent : droit d'usage cédé, propriété conservée par l'auteur).

La fiche Google Business Profile est à vous

Sauf si elle a été créée et revendiquée par votre prestataire avec son propre compte Google, sans vous transférer les droits. C'est une mauvaise pratique courante. La fiche, qui appartient au compte qui l'a vérifiée, peut être réclamée par le propriétaire légitime de l'établissement via une procédure Google.

Le code source : ça dépend du contrat

C'est la zone grise. En France, par défaut, le code informatique reste la propriété de son auteur (article L113-1 du Code de la propriété intellectuelle pour les œuvres logicielles). Vous achetez généralement un droit d'usage, pas la propriété du code lui-même. Sauf clause de cession explicite. Lisez votre contrat, regardez la mention « cession des droits ». Si elle n'y est pas, vous n'avez probablement qu'un droit d'usage.

Les accès (hébergement, DNS) : ça dépend de qui paie

Si l'hébergement est facturé séparément à votre nom, c'est à vous. Si tout est intégré dans l'abonnement mensuel via le compte du prestataire, alors c'est lui qui contrôle l'accès. C'est un point dur sur lequel négocier.

Le résumé : votre nom de domaine et votre contenu sont presque toujours à vous. Votre fiche Google peut être récupérée. Le code source du site dépend de votre contrat. Et les accès dépendent du montage technique. Ça veut dire que vous pouvez quasiment toujours partir avec votre identité (nom, contenu, fiche Google) intacte, même si le site lui-même reste partiellement la propriété du prestataire.

Section 03

Les quatre vérifications à faire avant de partir

Avant de prévenir qui que ce soit, faites ces quatre vérifications. Vous serez en position de force pour la conversation suivante.

  1. Qui est titulaire de votre nom de domaine ? Pour un .fr, allez sur le site whois.afnic.fr et tapez votre domaine. Vous verrez le nom du titulaire déclaré. Si c'est vous (ou votre entreprise), c'est à vous. Si c'est le nom de votre prestataire, vous avez un problème à traiter en priorité. Pour les autres extensions (.com, .net), utilisez whois.icann.org ou whois.com.
  2. Qui est propriétaire de votre fiche Google Business ? Connectez-vous à business.google.com avec le compte Google que vous utilisez d'habitude pour votre activité. Si vous voyez votre fiche listée, vous en êtes propriétaire ou gestionnaire. Si vous ne la voyez pas, soit la fiche n'existe pas (à créer), soit elle est dans un compte qui n'est pas le vôtre. Dans ce dernier cas, vous pouvez en demander la propriété via le bouton « Revendiquer cette fiche » sur Google Maps.
  3. Avez-vous accès à votre hébergement et à vos DNS ? Cherchez dans vos mails « hébergement », « DNS », « OVH », « LWS », « Gandi » ou le nom de l'hébergeur si vous le connaissez. Si vous trouvez un identifiant à votre nom, vous avez accès. Si vous n'en trouvez pas, c'est probablement le prestataire qui détient le compte. Vérifiez aussi vos accès au panel admin du site (souvent /admin ou /wp-admin).
  4. Avez-vous une copie complète de vos contenus ? Faites le tour de votre site et copiez les textes que vous voulez garder dans un document. Téléchargez les photos importantes (clic droit, enregistrer). Ce travail prend une à deux heures, et il vous met à l'abri de toute mauvaise surprise. Vous pouvez aussi utiliser un outil comme Internet Archive (archive.org) pour récupérer une version archivée de votre site, en cas de besoin.

Faire ces quatre vérifications avant d'engager la moindre conversation avec votre prestataire change tout. Vous savez où vous en êtes, et vous savez ce qui est négociable de ce qui est verrouillé. Personne ne peut vous bluffer.

Section 04

Comment récupérer ce qui est à vous

Selon ce que vous avez vu aux quatre vérifications, voici les procédures concrètes.

Récupérer votre nom de domaine

Si vous êtes déjà titulaire dans le whois, il n'y a rien à récupérer, vous l'avez. Vous devez juste demander à votre prestataire le code de transfert (parfois appelé authcode ou authinfo) pour pouvoir déplacer le domaine vers un autre bureau d'enregistrement de votre choix. Il a l'obligation légale de vous le fournir si vous êtes le titulaire.

Si le prestataire est lui-même titulaire, c'est plus délicat. Vous pouvez tenter une démarche de récupération auprès de l'AFNIC (pour les .fr) ou de l'ICANN (pour les .com) en prouvant que le domaine porte le nom de votre activité ou votre marque. Vous pouvez aussi proposer un rachat à l'amiable. Et dans tous les cas, la prochaine fois, exigez d'être titulaire dès le départ.

Récupérer votre fiche Google Business

Allez sur la fiche dans Google Maps, cliquez sur « Vous êtes propriétaire de cet établissement ? » ou « Réclamer cette fiche ». Suivez la procédure de validation de Google (par téléphone, courrier postal, ou e-mail selon les cas). Si la fiche est revendiquée par quelqu'un d'autre, la procédure peut prendre quelques jours. Si vous prouvez que vous êtes le propriétaire légitime de l'établissement, Google tranche en votre faveur.

Une fois récupérée, vérifiez les informations, ajoutez-vous comme propriétaire principal et le cas échéant ajoutez votre nouveau prestataire comme gestionnaire.

Récupérer vos contenus

Si vous avez encore accès au site, c'est simple : copier les textes, télécharger les photos. Si vous n'avez plus accès au panel admin, deux solutions. Soit vous demandez à votre prestataire de vous fournir une archive (il a l'obligation morale, parfois contractuelle, de le faire). Soit vous utilisez un outil comme HTTrack (logiciel libre) pour aspirer les pages publiques de votre site et récupérer textes et images.

Pour le code source du site

Souvent, c'est ce qui n'est pas récupérable, et ce n'est pas grave. Le code source d'un site WordPress de cinq ans n'a quasi aucune valeur. Votre nouveau prestataire repartira d'une page blanche avec une stack moderne et vos contenus. C'est même souvent préférable.

Section 05

Quand ne PAS partir tout de suite

Tous les départs ne sont pas urgents, et certains sont à temporiser. Voici trois cas où je conseille d'attendre quelques semaines ou quelques mois.

  1. Si votre SEO est bien établi. Vous êtes peut-être en première ou deuxième position sur Google pour vos mots-clés clés. Une refonte mal gérée peut vous faire perdre ce positionnement pendant trois à six mois. Si vous décidez de partir, exigez un plan de migration des URLs avec votre nouveau prestataire (redirections 301 page par page). Sans ça, vous repartez de zéro côté SEO.
  2. Si vous êtes en pleine saison haute. Ne migrez pas le site d'un glacier en juillet, ni celui d'un fleuriste début février. Préférez la basse saison, où une coupure de quelques jours sur le site n'a pas d'impact réel sur l'activité.
  3. Si vous n'avez pas le temps de répondre à votre nouveau prestataire. Une refonte demande du temps de votre côté, même chez un prestataire rapide : valider les textes, fournir les photos, donner votre avis sur les maquettes. Si vous êtes dans une période débordée, attendez le moment où vous pouvez consacrer trois ou quatre heures sur deux semaines au projet.

À l'inverse, partez tout de suite si vous êtes face à un cas franchement abusif : prestataire injoignable depuis trois mois, site cassé non réparé, abonnement augmenté unilatéralement, accès refusés, comportement agressif. Là il n'y a pas de bon moment, il n'y a que maintenant.

Section 06

Le coût réel de partir

Spoiler : c'est moins cher que ce que vous croyez.

Récupérer le nom de domaine

0 euro si vous êtes déjà titulaire. Environ 12 euros par an si vous le transférez chez un autre bureau d'enregistrement. Pour un .fr classique, comptez entre 8 et 14 euros annuels.

Récupérer la fiche Google

0 euro. La revendication est gratuite. Comptez quelques jours à quelques semaines de procédure dans les cas conflictuels.

Le nouveau site

De quelques centaines à 3 000 euros selon le prestataire et la complexité. C'est le vrai coût de l'opération. À mettre en regard des 80 ou 120 euros mensuels que vous payiez, soit 960 à 1 440 euros par an.

Hébergement et maintenance après

De 0 à 50 euros par mois selon le prestataire et la formule. Beaucoup de stacks modernes (Astro, Next, Cloudflare Pages) permettent un hébergement quasi gratuit, ce qui change le calcul à long terme.

Faites le calcul : si vous payez 100 euros par mois depuis quatre ans, vous avez déjà donné 4 800 euros à votre prestataire. Un nouveau site à 1 000 euros plus 0 ou 30 euros mensuels après, c'est rentable au bout de la première année si vous arrêtez l'abonnement actuel. Et vous repartez avec un site moderne, rapide, qui colle à votre activité d'aujourd'hui.

L'abonnement mensuel à un vieux site est presque toujours la pire forme de dépense web. Vous payez chaque mois pour un actif qui se dégrade au lieu de se valoriser. C'est l'inverse d'un investissement.

Section 07

Les vrais red flags chez votre prestataire actuel

Ces signaux, isolément, ne veulent pas forcément dire quitter. Cumulés à deux ou trois, oui.

  • Refus de communiquer les accès. Si vous demandez vos identifiants admin ou DNS et qu'on vous répond « ce n'est pas nécessaire, je m'occupe de tout », c'est un signal fort. Tout client a le droit d'accéder à ce qu'il paie.
  • « Je suis le seul à pouvoir toucher au code. » Sur un site WordPress ou une stack standard, c'est faux. N'importe quel développeur compétent peut intervenir. Cette phrase sert à créer de la dépendance.
  • Facture mensuelle sans détail. « Maintenance et hébergement », un seul libellé, pas de ventilation. C'est intenable en cas de litige et c'est généralement le signe que le prestataire ne distingue pas lui-même les postes de coût.
  • Aucune sauvegarde, aucun Git. Si vous demandez « est-ce que mon site est sauvegardé ? » et qu'on vous répond « ne vous inquiétez pas, ça marche », c'est qu'il n'y en a pas. La perte d'un site sans sauvegarde, c'est zéro recours.
  • Hébergement chez un fournisseur exotique non identifiable. Si vous ne trouvez aucune trace publique de l'hébergeur (pas de site officiel, pas d'avis, pas de contact), c'est probablement un serveur perso de votre prestataire. Le jour où il décide d'arrêter, votre site disparaît.
  • Délai de réponse délirant. Une demande simple (changer un horaire, ajouter une photo) qui prend trois semaines à être traitée, c'est un signal de prestataire en bout de course ou en surcharge structurelle.

Si vous cochez trois items ou plus, c'est que vous êtes dans la zone rouge. Ce n'est pas grave, c'est juste à régler. La plupart des artisans et indépendants ne savaient pas, en signant à l'époque, qu'ils signaient pour une dépendance technique. Maintenant que vous savez, vous pouvez décider la suite.

À retenir

Avant de quitter votre prestataire, vérifiez quatre choses : titulaire du domaine (whois), propriétaire de la fiche Google Business, accès hébergement et DNS, copie locale de vos contenus. Si les quatre sont à vous ou récupérables, vous êtes libre de partir. Le prestataire ne peut pas vous tenir en otage sur ces points.

Votre site n'est pas un otage

Le sentiment d'enfermement que vous avez avec votre prestataire actuel, dans la grande majorité des cas, n'est pas un enfermement réel. C'est un enfermement perçu. La majorité des clients qui pensent être coincés peuvent en réalité partir en quelques semaines, sans casse, sans drame, et avec un nouveau site qui ressemble enfin à leur activité d'aujourd'hui.

Le vrai blocage, ce n'est pas le prestataire. C'est vous, qui n'avez pas pris une heure pour faire les vérifications. Une fois ces quatre cases cochées, l'asymétrie d'information disparaît. Vous savez de quoi vous parlez, vous savez ce qui est négociable, vous pouvez décider sereinement.

Votre site n'est pas un otage. Sauf si vous le laissez devenir un otage en ne regardant jamais ce qu'il y a dans le contrat ni dans le whois.

Marc Muller, développeur web freelance

Marc Muller

Développeur web freelance basé en Grand Est. Sur chaque livraison : nom de domaine au nom du client, accès admin remis en main propre, code source disponible. Aucun lock-in, aucun otage technique.

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